Il avait renvoyé sa femme de ménage et il allait sortir quand il avisa sur sa table de nuit une lettre qu'elle y avait posée en entrant, comme elle avait coutume de le faire chaque matin, lorsqu'elle apportait le courrier.

Peu s'en fallut qu'il ne l'y laissât sans l'ouvrir. Il n'avait ni affaires, ni créanciers, et les femmes qui lui écrivaient de temps à autre lui étaient maintenant complètement indifférentes.

Il la décacheta cependant, pour l'acquit de sa conscience et il ne fat pas peu surpris de ce qu'il y lut.

On lui écrivait ceci:

«J'ai vu tout ce qui s'est passé, ce matin, au petit jour, sur un bastion du boulevard Jourdan. Vous avez tué un homme et vous étiez deux contre un. C'est bel et bien un assassinat et vous savez où ça mène. Je n'ai qu'un mot à dire pour vous faire arrêter. Mais je suis bon enfant et je ne demande qu'à m'entendre avec vous. Le silence est d'or, à ce qu'on dit. J'estime que le mien vaut au moins dix mille francs. Si vous êtes disposé à me les donner, vous me trouverez, de midi à deux heures, dans le jardin des Thermes de Cluny, au coin du boulevard Saint-Germain et du boulevard Saint-Michel. Si vous n'y venez pas, vous coucherez ce soir au dépôt de la Préfecture. Ce sera vous qui l'aurez voulu.»

Cette aimable épître n'était pas signée, mais elle était très correctement rédigée, sans la moindre faute d'orthographe ni de français et parfaitement adressée à M. Paul Cormier.

Elle n'était pas signée,—on ne signe pas ces choses-là,—mais il y avait un post-scriptum ainsi conçu:

«Je m'adresse à vous de préférence, parce que c'est vous que j'ai sous la main, mais je saurai retrouver votre complice et il ne perdra rien pour avoir attendu.»

C'était clair et net. Il s'agissait d'un chantage.

Le maître-chanteur se trompait, peut-être volontairement, quand il disait que Paul avait tué un homme, puisque Paul n'avait été qu'un des témoins du duel.