Cormier aurait bien pu interroger son portier pour savoir qui avait apporté la lettre et si quelqu'un était venu demander des renseignements. Mais c'eût été laisser voir qu'il craignait d'être surveillé et il préféra s'abstenir.
Il passa donc devant la loge sans s'y arrêter et tournant à gauche, il déboucha sur le boulevard Saint-Michel, tout près de la station où il avait pris la veille la voiture qui l'avait mené avec madame de Ganges, au rond-point des Champs-Élysées.
Avant d'y arriver, il en vit une arrêtée au coin de la rue Gay-Lussac, mais elle devait être occupée, car les stores étaient baissés et il lui fallut pousser jusqu'à la station de la rue de Médicis.
Cette fois aucune femme ne monta dans le fiacre qu'il choisit.
Ces aventures-là n'arrivent pas tous les jours.
Paul, bien entendu, n'avait pas oublié de se munir du portefeuille à lui confié par le pauvre marquis et il n'avait pas non plus laissé le sien dans son armoire à glace où ses billets de banque n'auraient pas été en sûreté.
Le voyage ne lui parut pas long, car il l'employa à se préparer à paraître devant la marquise, et plus le moment solennel approchait, moins il se sentait rassuré sur le résultat de la démarche qu'il allait tenter, démarche scabreuse s'il en fut.
D'abord, madame de Ganges consentirait-elle à le recevoir? Il commençait à en douter.
Sous quel prétexte et sous quel nom se présenterait-il? Elle savait qu'il s'appelait Paul Cormier. Il le lui avait dit. Peut-être était-ce une raison pour qu'elle lui fermât sa porte, si elle reconnaissait ce nom sur la carte qu'il remettrait au domestique chargé de répondre aux visiteurs.
Mieux valait sans doute se faire annoncer sous un nom inconnu d'elle, en ajoutant qu'il avait absolument besoin de l'entretenir d'affaires graves et urgentes.