Paul payait assez de mine pour ne pas avoir à craindre d'être pris pour un mendiant ni même pour un commis-voyageur qui vient offrir à domicile des vins de propriétaire.
Une fois qu'il serait en présence de la marquise, le reste irait tout seul. Elle n'aurait garde de le renvoyer car, après ce qui s'était passé chez la baronne Dozulé, elle devait souhaiter autant que lui une explication en tête à tête.
La seule difficulté était donc d'arriver jusqu'à elle. Après réflexion, il résolut de s'inspirer des circonstances et il descendit de son fiacre, un peu avant le numéro 22, à seule fin de se donner le temps d'examiner l'extérieur de la place, avant d'essayer d'y pénétrer par surprise.
En s'approchant, il vit un grand et bel hôtel dont la façade à deux étages était imposante. On devinait tout de suite qu'il n'avait pas été construit pour abriter une de ces horizontales enrichies qui peuplent l'avenue de Villiers et les rues adjacentes.
L'hôtel de la marquise était un hôtel sérieux comme on n'en bâtit guère pour ces demoiselles.
Il avait même l'air un peu triste avec ses hautes fenêtres closes et sa majestueuse porte cochère dont les deux battants étaient fermés.
On n'entrait pas là comme chez la baronne de l'avenue d'Antin qui laissait libre l'accès du sien, les jours où elle recevait ses nombreux amis.
Chez madame de Ganges, il fallait montrer patte blanche et son salon n'était pas ouvert à tout venant.
Paul, un instant intimidé par l'aspect de ce logis seigneurial, doutait de plus en plus d'y être admis.
Il se décida pourtant à sonner et le cordon fut tiré immédiatement.