—Je veux bien lui répéter ce que vous venez de me déclarer, et prendre ses ordres, grommela le serviteur récalcitrant. Elle est au fond du jardin; je vais lui demander si elle veut vous recevoir. Si elle y consent, je viendrai vous chercher. Attendez-moi ici.
Paul n'avait qu'à obéir sans élever d'objections, trop heureux d'avoir décidé ce cerbère à consulter sa maîtresse.
Ainsi fit-il. Bien persuadé d'ailleurs que, dans la situation d'esprit où elle devait être depuis la veille, elle ne refuserait pas de voir un monsieur qui lui apportait des nouvelles de son mari.
Il resta à la place où le colloque venait d'avoir lieu et il attendit, sous l'œil du valet en livrée qui l'observait de loin.
L'homme noir revint au bout de quelques minutes et il lui dit:
—Allez! elle est seule maintenant.
—Je l'espère bien qu'elle est seule, pensa Paul qui tenait absolument au tête-à-tête et qui ne savait pas que la marquise venait de renvoyer une de ses amies pour le recevoir.
Il prit l'allée que l'homme lui indiqua. Au premier tournant, il croisa l'amie, et il la salua en passant.
Cette amie était une très jeune femme, modestement habillée, dont l'éclatante beauté l'éblouit: une brune au teint clair, avec des yeux qui n'en finissaient pas et un air de tristesse qui ne faisait que l'embellir encore.
Sans doute, une amie malheureuse, une amie d'enfance, à laquelle madame de Ganges s'intéressait.