—J'y étais, madame… Je l'ai vu tomber…
—Ah!… je comprends, s'écria la marquise. C'est vous qui l'avez tué!… et vous osez vous présenter devant moi couvert du sang de mon mari!…
—Non, madame. Je n'étais pas son adversaire… j'ai été un de ses témoins… et c'est lui-même qui m'a choisi. Il ne nous connaissait ni les uns, ni les autres… il a eu confiance en ma loyauté et je l'ai assisté de mon mieux.
La marquise, pâle et tremblante, se taisait parce qu'elle n'avait plus la force de parler.
—Si vous en doutez, reprit Paul, je puis vous prouver que je ne dis que l'exacte vérité. Je suis venu chez vous parce que M. de Ganges m'y a envoyé. Comment aurais-je su votre adresse, s'il ne me l'avait pas donnée? Je n'ai pas pu la demander à M. de Servon, qui me prenait et qui me prend encore pour votre mari.
—Mort!… il est mort!… murmura la marquise en cachant son visage dans ses mains gantées.
—M. de Ganges a fait plus que de m'envoyer à vous. Il m'a raconté sa vie.
—Que dites-vous? demanda madame de Ganges stupéfaite.
—Toujours la vérité, madame. La querelle a commencé dans un bal, près du carrefour de l'Observatoire, et s'est vidée aux fortifications. J'ai fait ce long trajet à côté de M. de Ganges et en causant avec lui. C'est ainsi que j'ai reçu de lui des confidences que je n'avais pas provoquées.
—Comment a-t-il pu vous choisir pour les entendre, vous qui vous étiez emparé de son nom?