—A moi, rien, murmura la marquise; mais il a fait le malheur de… d'une personne à laquelle je m'intéresse… et vous venez m'apprendre qu'il a tué mon mari!…
—Qu'il ne connaissait pas, même de nom. Je l'ai interrogé après le duel et il m'a affirmé qu'il n'avait jamais entendu parler de M. de Ganges.
Cette assurance ne parut pas déplaire à la marquise et Paul reprit vivement:
—Vous le voyez, madame… c'est la fatalité qui a tout fait… et dans ce malheur, vous pouvez du moins vous dire que vous ne serez pas compromise, car personne ne sait que l'homme qui a succombé dans ce duel était votre mari.
—On le saura… on trouvera sur lui des papiers… des cartes de visite… que sais-je?
—Rien, madame. M. de Ganges, avant le duel, m'a remis son portefeuille… Le voici, dit Paul, en le tirant de sa poche, pour le présenter à la marquise. Il porte une couronne et des armes gravées sur le cuir. Les reconnaissez-vous?
—Oui… ce sont les siennes, balbutia madame de Ganges.
—Ai-je besoin de vous jurer que je ne l'ai pas ouvert?
—Non… je vous crois… mais que va-t-il arriver, mon Dieu!… La justice poursuit les duellistes, quand le duel a causé la mort de l'un des combattants… vous serez interrogés… vous et votre ami… que direz-vous? La vérité, n'est-ce pas?… On vous demandera pourquoi vous aviez pris ce nom qui ne vous appartenait pas… et vous ne pourrez pas cacher ce qui s'est passé hier, chez mon amie, madame Dozulé… Ah! je suis perdue!
—Si on m'interroge, je ne parlerai pas de vous… Mirande non plus… par une excellente raison, c'est qu'il ignore que vous existez. Les trois autres témoins sont trois étudiants qui n'étaient pas présents au moment où M. de Ganges m'a grossièrement reproché de lui avoir volé son nom… Ils savent que ces messieurs se sont battus à propos d'un soufflet… Ils ne savent pas pourquoi ce soufflet a été donné. Ce n'est pas moi qui le leur apprendrai… et, d'ailleurs il n'est pas certain qu'on nous interrogera… personne ne nous a vus sur le terrain.