Paul oubliait, peut-être volontairement, la lettre du maître-chanteur, qui menaçait de le dénoncer. Il ne pensait qu'à rassurer la marquise et à tirer parti, pour entrer dans son intimité, de la bizarre situation que le plus étrange des hasards venait de leur créer.

Il sentait très bien que le moment eût été mal choisi pour lui parler encore de son amour, comme il n'avait pas craint de le faire avant de lui annoncer qu'elle était veuve, mais il constatait déjà que si la nouvelle de la mort tragique de M. de Ganges avait bouleversé la marquise, elle ne l'avait pas affligée outre mesure, car elle n'avait pas versé de larmes.

Et il lui savait gré de ne pas feindre une douleur que ne pouvait guère lui causer la lamentable fin d'un homme qui s'était presque vanté, avant de mourir, d'avoir été le plus détestable des maris.

Il espérait qu'une fois remise de l'émotion bien naturelle qu'elle venait d'éprouver, cette victime d'une union mal assortie comprendrait qu'elle aurait tort de faire un éclat et il se préparait à lui proposer, en temps et lieu, le modus vivendi que lui avait suggéré sa cervelle d'amoureux.

Il attendait toujours qu'elle prît ce portefeuille qui, à vrai dire, lui brûlait les doigts.

On a beau ne pas être sentimental à l'excès, on ne garde pas volontiers sur soi les reliques d'un homme qu'on a vu tomber, frappé à mort, dans un duel dont on a été la cause première.

Et, de son côté, la marquise répugnait évidemment à toucher ce legs de son indigne mari.

Paul Cormier se décida enfin à le placer sur le banc où elle était assise quand il avait paru dans le jardin.

Il pensait bien qu'elle ne l'y laisserait pas et il tenait à s'en débarrasser le plus tôt possible.

—Vous ne m'accuserez plus de mentir, dit-il doucement, et maintenant que j'ai rempli la pénible mission qui m'a été imposée, je vous supplie, madame, de me faire connaître votre volonté. A tout ce que vous me commanderez, j'obéirai, quoi qu'il m'en puisse coûter. Dans la situation où les événements nous ont placés, c'est à vous de donner des ordres. Et je vous demande en grâce de ne penser qu'à vous en prenant une décision. Peu importe ce qu'il m'arrivera, pourvu que vous n'ayez pas à souffrir des conséquences de ce duel.