—Bravo! s'écria le père. J'admire ta perspicacité.
Paul ne l'admirait guère. Il pensait au portefeuille que M. de Ganges lui avait confié avant le duel et il lui passait des frissons dans le dos.
—Alors, reprit le vieil avocat, tu supposes que ce malheureux avait sur lui des valeurs… des titres?…
—Ou des lettres compromettantes pour quelqu'un. On l'a tué pour les lui reprendre.
—Et il n'avait rien sur lui qui pût servir à le faire reconnaître? Par une carte de visite?
—Il en avait peut-être. Les assassins les ont fait disparaître, et ça se comprend. Si on savait qui il est, on parviendrait à savoir qui avait intérêt à le supprimer et on arriverait jusqu'à eux.
J'espère bien que j'y arriverai quand même. Ils n'ont pas pensé à emporter le chapeau. Or, sur la coiffe, il y a l'adresse du chapelier qui l'a vendu et une couronne de marquis.
Depuis que le juge avait commencé à exposer, avec une visible satisfaction, les précieux indices notés par les agents, Paul Cormier était sur des charbons ardents.
Tous les détails que donnait si complaisamment Charles Bardin se rapportaient si bien à l'affaire du duel nocturne que Paul ne doutait presque plus d'être tombé dans un guêpier en se laissant aller à consulter précisément le magistrat désigné pour l'instruction qui venait de s'ouvrir sur un meurtre encore inexpliqué. Mais enfin il n'en était pas sûr et il s'efforçait encore de se persuader à lui-même qu'il n'y avait là qu'une coïncidence fortuite.
Maintenant, il ne pouvait plus se faire la moindre illusion. C'était bien de la mort de M. de Ganges qu'il s'agissait. C'était même un plaisir que d'entendre ce grave magistrat, réputé comme habile, déraisonner à bouche que veux-tu, et prendre un duel pour un assassinat. Mais ces grosses erreurs n'empêcheraient pas qu'on parvînt à connaître la véritable personnalité du marquis de Ganges. L'adresse de son chapelier y suffirait.