—Alors, tu peux dormir sur tes deux oreilles.

—Je suis étonné de n'avoir pas entendu parler de cette affaire, dit Charles, moins optimiste que son père. Je sors du parquet et j'ai causé avec ces messieurs qui m'en auraient probablement dit un mot, s'ils l'avaient connue.

—Sans doute, ils n'ont pas encore reçu le rapport de la police. Ça s'est passé, hier soir… et ça n'a pas une grande importance en comparaison de l'autre… celle qu'on vient de te confier. Elle est grosse celle-là, hein? mon garçon.

—Très grosse et surtout très mystérieuse. Jusqu'à présent, nous n'avons pas un indice qui puisse nous mettre sur la trace de l'assassin. Vous m'avez trouvé tout à l'heure causant avec le chef de la Sûreté. Il venait m'annoncer que le corps vient d'être exposé à la Morgue.

—Ah! dit Paul, ce monsieur qui était là… c'est…

—Le chef de la Sûreté et il pense comme moi que le crime n'a pas été commis par un de ces bandits qui attaquent, pour les voler, les passants attardés dans les quartiers éloignés du centre. Le mort n'a pas été dévalisé… On a trouvé sur lui quelques pièces d'or. Ceux qui l'ont tué… car ils devaient être plusieurs… se sont contentés de le déshabiller… à moitié…

—Comment, à moitié? s'écria le vieil avocat.

—Ils ne lui ont laissé que son pantalon… le gilet et la redingote étaient jetés à côté du cadavre…

—C'est singulier. Les assassins n'ont pas coutume de perdre leur temps à débarrasser leurs victimes des vêtements qui les gênent. Pourquoi ceux-là ont-ils pris cette précaution?

—Je crois que j'ai trouvé l'explication du fait, dit Charles Bardin. Ils les ont enlevés pour les fouiller tout à leur aise. Ce n'était pas de l'argent qu'ils cherchaient; c'étaient des papiers… et ils les ont pris… la poche de la poitrine de la redingote avait évidemment contenu un portefeuille… ça se voyait aux plis de la doublure, m'a dit l'agent qui l'a examinée… elle bâillait, parce qu'elle était vide… et le portefeuille devait être gros.