—Comme magistrat, je me récuse, dit presque gaiement Charles.

—Ça va de soi… mais comme ami c'est une autre affaire, n'est-ce pas?… Note bien que si un des combattants est resté sur la place, ce n'est pas la faute de Paul qui est parfaitement sûr de n'avoir tué personne. Il craint que ce coup malheureux n'ait été porté par un de ses camarades… c'est très regrettable, mais je déclare en mon âme et conscience que Paul n'est pas tenu de dénoncer ce garçon.

—Ce qu'il y a de certain, c'est que les lois qui punissent la non-révélation ont été abrogées, répondit évasivement Charles Bardin.

—Et il faut voir les choses comme elles sont, reprit Bardin père; s'il s'agissait d'un assassinat… comme, par exemple, celui sur lequel on t'a chargé d'instruire… Paul aurait le devoir d'éclairer la justice; mais il s'agit d'une rixe entre ivrognes, ce qui est tout différent… coups et blessures ayant occasionné la mort sans intention de la donner… c'est l'affaire de la police de chercher les coupables.

—Mon cher père, vous plaidez si bien que je me rallie à votre opinion.

—Tu entends, Paul?… tu n'as qu'à ne pas bouger.

—C'est ce que je ferai, dit l'étudiant.

—Tâche surtout que ta mère ne sache rien. Si elle se doutait que tu t'es compromis dans une pareille bagarre, elle en ferait une maladie, la pauvre femme.

Ah! ça, j'espère bien que ton ami l'assommeur se tiendra coi aussi… et que s'il était arrêté, il ne s'aviserait pas de parler de toi.

—Je réponds que non.