Ce ne fut pas long. Il emmena son interlocuteur dans un coin, échangea avec lui quelques mots à voix basse et le reconduisit jusqu'à la porte.
Puis, revenant à son père, il lui dit joyeusement:
—Vous venez me féliciter, n'est-ce pas?… je crois que je tiens une affaire intéressante. Et vous avez bien fait de venir de bonne heure… j'ai je ne sais combien de témoins à entendre, et mon greffier n'est pas encore arrivé… nous avons donc le temps de causer un peu, avant que j'entame les interrogatoires.
Et vous, mon cher Paul, par quel heureux hasard avez-vous accompagné mon père? Venez-vous aussi me complimenter? demanda en souriant le juge d'instruction.
Charles Bardin avait l'air sévère qui convient à un magistrat, mais sa voix était sympathique comme sa physionomie.
—Ce n'est pas tout à fait ça, dit en riant le vieil avocat. Je l'ai rencontré à ma porte comme je sortais pour venir te voir. Il avait une consultation à me demander. Je l'ai emmené avec moi, je la lui ai donnée en chemin et j'y ai ajouté un conseil qu'il hésite à suivre. Alors, je l'ai décidé à en appeler du père au fils… tu vas juger en dernier ressort.
—C'est bien de l'honneur que vous me faites. De quoi s'agit-il?
—En deux mots, voilà: hier soir, au quartier, grande bataille à la sortie de Bullier. Paul en était. On s'est fort assommé et il y a peut-être eu un tué.
—Diable!
—Ce serait grave, mais il n'est pas certain qu'il y ait eu mort d'homme. Les batailleurs se sont dispersés après la bataille. Paul a fait comme les autres. Il paraît qu'on n'a arrêté personne. Il n'aurait donc qu'à se tenir coi pour ne pas être inquiété. Mais il a été pris d'un scrupule et il est venu me soumettre son cas. Doit-il se présenter chez le commissaire de police et lui déclarer spontanément qu'il a pris part à cette rixe qui a si mal fini? Je lui ai conseillé de se tenir tranquille et je pense que tu es de mon avis.