—Quels témoins?… Personne n'a assisté au crime.
—Non, malheureusement. Je vais entendre les maraîchers qui ont trouvé le corps sur le boulevard Jourdan.
Cette indication aurait levé les derniers doutes de Paul Cormier, s'il lui était resté l'ombre d'un doute.
—Où ça se trouve-t-il ce boulevard-là?
—Aux fortifications, près de la porte de Montrouge. C'est tout bonnement le chemin de ronde auquel on a donné un nom de Maréchal de France. Et ce qu'il y a de curieux, c'est que l'homme a été tué, non pas sur le chemin, mais derrière une butte en terre qui se trouve au milieu d'un bastion. Sous quel prétexte a-t-on pu l'attirer là?
—Je me le demande, murmura le père Bardin.
Paul aurait pu renseigner le père et le fils, mais il n'avait garde. Seulement, leur aveuglement l'étonnait et il lui prenait des envies de leur crier: Comment ne devinez-vous pas qu'il a été tué en duel?… ce n'est pourtant pas la première fois qu'on se bat à Paris derrière un cavalier. On y est mieux caché qu'au bois de Vincennes.
—Du reste, reprit Charles Bardin, aujourd'hui, je ne ferai pas grand'chose. Cette première séance ne sera qu'un prologue… mon instruction ne se corsera qu'après que le cadavre aura été reconnu à la Morgue.
—Diable!… mais… s'il ne l'était pas?
—Il le sera. Il n'y a que les malheureux qui n'avaient ni feu ni lieu de leur vivant qu'on ne reconnaît pas sur les dalles de la Morgue. Ce mort devait avoir des amis… on a toujours quand on n'est pas dans la misère… et d'ailleurs le chapelier de Nice qui lui a vendu son chapeau me renseignera. Mais… permettez que je sonne pour savoir si mes maraîchers sont là.