—A ton aise, mon cher Charles… nous partons.
La porte du cabinet s'ouvrit; un garçon entra, appelé par le coup de sonnette, et répondit à l'interrogation du juge que les maraîchers en question attendaient depuis dix minutes.
Il ajouta qu'il y avait aussi là un homme qui n'avait pas reçu d'assignation, et qui demandait à être entendu, ayant, prétendait-il, à faire au magistrat instructeur une communication très importante et très urgente.
—Qu'il me la fasse par écrit, dit M. Charles Bardin. Quand j'en aurai pris connaissance, je verrai si je dois le recevoir, mais je vais d'abord entendre les témoins que j'ai fait citer.
—Voilà ce qu'il vient d'écrire au crayon, dit le garçon de bureau, en présentant au juge un bout de papier sale et froissé qui paraissait être une feuille arrachée d'un carnet de poche.
Charles Bardin y jeta les yeux et fit un haut-le-corps, comme s'il y avait lu quelque chose d'inattendu et de prodigieux. Il ouvrit même la bouche pour dire ce que c'était, mais il ne le dit pas et il demanda au messager qui venait d'apporter cet étrange billet:
—Quel homme est-ce?
—Un homme comme tout le monde, monsieur. Il n'est pas trop mal habillé. Il a une redingote. Il dit qu'il est allé d'abord au Parquet où on n'a pas voulu le recevoir et que les huissiers l'ont envoyé ici. Il y a trois quarts d'heure qu'il attend dans le corridor. Il y était déjà quand ces messieurs sont arrivés.
Le juge semblait hésiter. Il regardait son père, comme s'il eût voulu lui demander ce qu'il pensait de cette visite.
Le vieil avocat s'y trompa et dit avec empressement: