—J'ai descendu tout doucement le faubourg Saint-Jacques… J'ai bu une bouteille de vin blanc chez un mastroquet de la rue des Écoles, pour tuer le ver, et après, je suis entré dans une crémerie de la rue de la Huchette où j'ai cassé une croûte… mais ça n'a pas passé… l'affaire du boulevard Jourdan m'était restée sur l'estomac… je me disais que je devrais la dénoncer et j'avais peur que ça m'attire des embêtements… alors, je me suis baladé par les rues en me demandant ce que j'allais faire… A force de trauller dans le quartier, je me suis trouvé sur le boulevard du Palais… et je me suis dit: tant pis! faut que j'aille conter cette histoire-là à un curieux… pardon, monsieur le juge! à un magistrat. Ça m'a pris tout d'un coup et je suis entré.

Le père Bardin n'avait pas écouté ce fastidieux récit, sans donner des signes marqués d'impatience et, n'y tenant plus, il dit à son fils:

—Tu n'as plus besoin de nous, je m'en vais. Viens, Paul.

Paul ne demandait pas mieux, car il prévoyait la fin et il allait suivre le vieil avocat qui se rapprochait de la porte.

Un geste du juge d'instruction les retint et ce juge dit brusquement:

—Alors, vous reconnaîtriez les assassins, si on vous les montrait?

—C'est fait… pour un des deux, répondit le nommé Brunachon. Et je suis sûr que je reconnaîtrais l'autre, si je le rencontrais.

—Comment, c'est fait? grommela le père Bardin. Il ne lui manque plus que de dire que c'est moi.

—Ainsi, reprit Bardin fils, vous persistez, à affirmer que tout à l'heure, dans le corridor où vous attendiez…

—J'ai vu passer un des deux gredins qui ont saigné l'homme là-bas… il est entré dans votre cabinet… et le voilà, dit le témoin en désignant du doigt Paul Cormier.