—Je ne puis pas.
—Et pourquoi, je vous prie?
—Parce que je ne suis pas tenu de le dénoncer. C'est l'opinion de votre père qui connaît à fond les lois. Je veux bien avouer que j'ai pris part au duel. En avouant cela, je ne m'expose qu'à me nuire à moi-même. Je n'ai pas le droit de nuire à un camarade.
—Vous exprimez là un sentiment généreux, mais je ne saurais admettre que vous refusiez d'éclairer la justice, et vous devez désirer que la lumière se fasse.
—D'autant que je me charge de la faire, moi, la lumière, dit le père Bardin. Je vois qui c'est, ton camarade. Je l'ai deviné en venant ici, quand tu m'as raconté qu'on s'était cogné à la porte de Bullier. Il est assez connu au quartier. Charles n'aura pas de peine à le trouver.
—Qu'il le cherche! je n'ai pas le pouvoir de l'en empêcher. S'il le trouve, je n'aurai rien à me reprocher. Je n'aurai dénoncé personne.
A cette fière réplique, le juge se tut. Il sentait qu'il s'était placé sur un mauvais terrain.
—Soit! dit-il, je chercherai. Je ne peux pas vous contraindre à dire ce que vous avez résolu de taire… mais je peux vous interroger sur d'autres points et je compte que vous ne refuserez pas de me répondre. Vous connaissiez aussi le malheureux qui a été tué…
—Pas du tout. Je l'ai vu pour la première fois au moment où la querelle s'est engagée…
—Mais avant de se battre, il a dû dire son nom.