—Il y est peut-être incognito… un seigneur qui passe sa soirée à
Bullier!…
—J'ai eu la même idée que toi, mais mon valet de chambre a voulu laisser la lettre. Le majordome est allé consulter madame qui était à la maison, elle, et qui a fait dire qu'elle ne recevait pas les lettres adressées à son mari.
—Je comprends ça… c'est pour que le mari ne reçoive pas celles qu'on lui adresse à elle.
—Bref, François a dû me rapporter la mienne avec les billets de mille que j'y avais insérés.
—Tu en seras quitte pour les réexpédier à ton insaisissable créancier… par la poste… en chargeant le paquet… c'est un procédé dont on n'use guère pour s'acquitter d'une dette de jeu… mais quand on n'a que ce moyen-là…
—Non. J'irai moi-même. Il y a là quelque chose qui m'intrigue et je veux en avoir le cœur net. Si je ne trouve pas le marquis, je trouverai la marquise et j'aurai une explication avec elle.
—Bon! tu veux profiter de l'occasion pour te pousser dans son intimité. Tu espères qu'elle se plaindra à toi de la conduite de son mari et qu'elle t'autorisera à la consoler, dit en riant le capitaine.
—Qu'est-ce que c'est au fond que ces gens-là? demanda M. de Carolles.
Ganges, c'est un nom du Languedoc, je crois?
—Oui… un nom très ancien… et la marquise appartient à une vieille famille de ce pays-là… bonne noblesse de robe, m'a-t-on dit… je ne les connais pas autrement. Ils n'habitaient pas Paris il y a quelques années et depuis que la marquise y a acheté un hôtel, elle a très peu vu le monde.
—Et le marquis n'a guère fait que voyager à ce qu'il paraît, pour organiser à l'étranger de grandes affaires financières… c'est drôle!… il n'a pas du tout le physique de l'emploi. Je l'ai à peine entrevu à cette Closerie des Lilas, mais avant que tu l'aies nommé, je le prenais pour un étudiant… Il a l'air si jeune!… quel âge a donc sa femme?