—Ma foi! mon cher, je n'en sais rien et je n'ai pas l'intention de le lui demander. Je me contenterai de lui parler de son mari et je saurai ce qu'elle en pense. Je verrai aussi cette excellente baronne Dozulé qui est très bien avec elle…
—Où a-t-elle pris sa baronnie celle-là? demanda M. de Carolles qui se piquait de connaître toute la noblesse française.
—Oh! elle ne date pas des Croisades. Son mari était le fils d'un général du premier Empire… Mais elle reçoit très bonne compagnie et c'est une femme sûre… on peut s'en rapporter à elle… et elle ne refusera pas de me renseigner sur M. de Ganges… mais je tiens à m'adresser d'abord à la marquise elle-même et je vais pousser, tout à l'heure, jusqu'à l'avenue Montaigne…
—Tu feras bien de te dépêcher, si tu tiens à ne pas tomber chez elle à l'heure du dîner.
—J'y tiens, au contraire, car je suppose qu'elle ne dîne pas tous les jours sans son mari et s'il est là, il faudra bien qu'il me reçoive. Quand j'aurai vu sur quel pied ils vivent ensemble, je saurai à quoi m'en tenir sur bien des choses.
—Il doit être fort riche, puisqu'il est à la tête de grandes entreprises, dans je ne sais quel pays. Ce serait une bonne recrue pour la grosse partie. Tu devrais le présenter au club.
—J'attendrai qu'il me demande d'être un de ses parrains… et je ne lui en servirai qu'à bon escient… lorsque je connaîtrai à fond sa biographie… ses antécédents, comme on dit au Palais de Justice.
—Et tu n'auras pas tort. Le marquisat ne fait pas le marquis et on a vu des gens entrer dans la peau d'un autre.
—Je crois que ce n'est pas le cas, mais, il vaut toujours mieux prendre ses précautions. J'imagine d'ailleurs que si M. de Ganges se présentait, il courrait grand risque d'être black-boulé.
—Pourquoi donc? Il est dans les meilleures conditions pour être admis, puisque personne ne le connaît. On n'aura rien à dire contre lui.