Qu'il allât ou non au Palais de Justice, comme il venait de l'annoncer, Mirande était parti. Il s'agissait maintenant pour Paul de se préparer à répondre aux questions que M. de Servon n'allait pas manquer de lui adresser et, payant d'audace, Paul n'attendit pas que M. de Servon l'abordât.

Il se leva, il vint à lui et il cherchait une phrase polie pour entamer l'entretien, lorsque le vicomte s'écria gaiement:

—Enfin, je tiens mon créancier!

Paul était si troublé, qu'il ne se souvenait plus des huit mille francs gagnés chez la baronne, et comme il avait l'air de ne pas comprendre:

—Ce n'est pas ma faute si je suis encore votre débiteur, reprit M. de Servon. J'ai envoyé chez vous, hier… vous étiez sorti… personne n'a voulu de mon argent, et mon valet de chambre a dû me le rapporter. J'allais de ce pas avenue Montaigne, mais puisque j'ai la chance de vous rencontrer, permettez que je m'acquitte.

Paul hésita un instant à prendre les billets de mille que le vicomte lui présentait. Il se faisait presque scrupule de les recevoir. Le vicomte croyait les devoir au marquis de Ganges, et il semblait à Paul qu'il n'avait pas le droit d'y toucher. Il s'y résigna pourtant, car il ne pouvait pas les refuser, à moins d'avouer tout, sans que madame de Ganges l'y eût autorisé.

Encore M. de Servon, en parfait gentleman, aurait-il insisté pour qu'il les acceptât, et Paul aurait dû en passer par là.

—Maintenant que me voilà en règle vis-à-vis de vous, reprit le vicomte, il faut que je m'excuse de vous avoir interrompu. Vous étiez en conférence avec un jeune homme qu'il m'a semblé reconnaître… n'était-il pas dimanche soir, à ce bal où mes amis et moi nous vous avons rencontré?

—Peut-être bien, balbutia Paul. Il y va très souvent. Il fait son droit à Paris… mais il est du même pays que moi et je connais beaucoup sa famille…

—C'est ce que je pensais… et il est tout naturel qu'il vous tutoie…