—Pas moi… madame de Ganges sans doute…
—Eh! bien, il a exécuté l'ordre, mais il y a ajouté une explication de son cru… il a déclaré à mon valet de chambre que vous étiez encore en voyage… «Monsieur n'y est pas», c'est admis qu'un domestique réponde cela quand son maître tient à fermer sa porte; mais répondre: «Monsieur est en voyage» quand tout le monde sait que monsieur vient d'arriver à Paris… c'est maladroit. Je me permets de vous signaler le fait pour que vous laviez la tête à ce serviteur trop zélé.
Paul le connaissait depuis vingt-quatre heures, le fait, puisque, la veille, il était chez la marquise, au moment où le valet de chambre s'était présenté pour remettre une lettre. Le vicomte ne lui apprenait donc rien de nouveau, mais Paul ne pouvait plus espérer que la situation se prolongerait. Elle était trop tendue et le moindre incident ferait éclater la vérité.
Et il n'en était que plus pressé de fuir M. de Servon qui, d'explications en explications, aurait fini par la découvrir.
Tout en causant, ces messieurs s'étaient avancés, sous les arbres, jusqu'au bord de l'avenue d'Antin, qu'il faut traverser pour arriver à l'avenue Montaigne.
Un fiacre passait au pas. Paul fit signe au cocher d'arrêter et dit vivement à M. de Servon:
—Excusez-moi, monsieur… je suis si en retard que vous me permettrez de vous quitter… Merci du bon avis que vous venez de me donner, et au revoir!
Il sauta dans la voiture qui fila aussitôt vers le quai.
Ce brusque départ ressemblait tant à une fuite, que le vicomte en demeura stupéfait.
Il lui était déjà venu à l'esprit qu'il y avait un mystère dans la vie de ce noble ménage; maintenant, il n'en doutait plus, et il se promettait de manœuvrer en conséquence.