—Eh! bien, vous vous vantez, car vous venez de le voir.
—Où donc?
—Je causais avec lui quand vous êtes arrivé.
—Quoi! ce jeune homme qui est monté en voiture…
—Précisément. Ce jeune homme, c'est monsieur de Ganges que vous prétendez connaître.
—Ça, le marquis! s'écria Brunachon. Ah! mais non! Il ne lui ressemble même pas… et le marquis a au moins cinq ans de plus.
—Il faut donc qu'il y ait deux marquis de Ganges, car celui que vous venez de voir porte ce nom et ce titre et il va dans le monde avec la marquise. Je les y ai rencontrés ensemble.
Brunachon eut un hochement de tête qui devait signifier: «tout s'explique», mais il ne dit mot.
Il n'était pas encore décidé à mettre le vicomte dans son jeu.
Brunachon, après avoir manqué sa première tentative de chantage, en préparait une autre, depuis qu'il était sorti du cabinet de monsieur Bardin. Il savait que Paul Cormier n'avait pas été arrêté, et il commençait à prévoir que l'affaire du boulevard Jourdan n'aurait pas de suites graves. Un duel n'est pas un assassinat. D'ailleurs, Paul Cormier, après avoir comparu devant le juge d'instruction, ne redoutait plus d'être dénoncé. Brunachon avait donc changé ses batteries. C'était maintenant la marquise de Ganges qu'il espérait faire chanter. Il y avait songé dès le premier jour, car, comme l'avait soupçonné Paul, il s'était caché dans un fiacre pour le suivre depuis la rue Gay-Lussac jusqu'à l'avenue Montaigne; il savait chez qui Paul était allé,—il l'avait su en faisant causer les marchands du voisinage, tous fournisseurs de l'hôtel,—et il s'était promis d'exploiter madame de Ganges aussitôt qu'il serait complètement renseigné sur la nature des relations que cette grande dame entretenait avec un étudiant.