—Et il la connaît de longue date, reprit Servon qui suivait son idée. Dimanche, ils se sont présentés ensemble dans une maison où je me trouvais… on a annoncé M. le marquis et madame la marquise de Ganges… et il a raconté, lui, qu'il était arrivé le matin d'un grand voyage… ils s'étaient entendus à l'avance, car elle ne l'a pas démenti… donc, ils étaient d'accord.
—C'est évident.
—Il n'y a qu'une chose que je ne m'explique pas, c'est qu'ils aient pu croire que personne ne s'apercevrait de la substitution… le vrai marquis n'aurait qu'à reparaître…, et il reparaîtra certainement… il ne restera pas toute sa vie à Monte-Carlo.
—A moins qu'ils ne se soient entendus avec lui… il y a des maris avec lesquels on peut entrer en accommodement… et il n'a pas trop bonne réputation, ce marquis.
—On finirait toujours par savoir à Paris qu'il existe… sa femme risquerait trop en mettant son amant à la place de son mari… il doit y avoir autre chose…
—C'est ce que je me dis aussi… mais, quoi?…
—Peut-être que le vrai marquis de Ganges est mort récemment à Monaco… il est joueur… il a bien pu se tuer… Peut-être que sa femme le sait et qu'elle a imaginé de le remplacer, parce qu'elle est bien sûre qu'il ne viendra pas réclamer…
—Je n'avais pas pensé à ça, murmura Brunachon, que cette idée parut frapper.
Puis, se reprenant:
—Mais, non… s'il s'était brûlé la cervelle là-bas, les journaux l'auraient annoncé… il faudrait donc supposer qu'il est mort incognito et que sa veuve espère qu'on ne saura jamais qu'il est mort.