Le vicomte était déjà revenu de ses répugnances à recourir aux vils offices d'un espion.
—Alors, je puis marcher. Une parole de monsieur le vicomte vaut de l'or.
Brunachon changeait, comme on dit, son fusil d'épaule. Brunachon n'était pas homme à refuser les offres de M. de Servon; d'autant que tout en le servant, il pourrait à l'occasion faire chanter la marquise.
C'était même sur elle qu'il fondait ses plus grosses espérances de bénéfices. Le vicomte se lasserait vite d'acheter des renseignements, et Paul Cormier n'était pas en état de payer bien cher un silence dont il pourrait bientôt se passer; mais la marquise était riche et elle avait sa réputation à préserver.
—Eh! bien?… le nom de cet homme? demanda M. de Servon.
—Il s'appelle Paul Cormier… et il est étudiant… il fait son droit.
—Je m'en doutais. Où demeure-t-il?
—Au quartier Latin. Rue Gay-Lussac, numéro 9.
—Cela doit être vrai, murmura le vicomte. Mais comment cet étudiant connaît-il la marquise de Ganges?
—Voilà, monsieur le vicomte, ce que j'ignore absolument, mais je m'engage à le savoir d'ici à très peu de jours. Tout ce que je puis vous dire aujourd'hui, c'est que, hier, il s'est fait conduire en voiture à la porte de l'hôtel de cette dame, avenue Montaigne, qu'elle l'a reçu et qu'il est resté plus d'une heure chez elle. Je pourrais faire le mystérieux et vous laisser croire que j'en sais beaucoup plus long. J'aime mieux vous dire la vérité.