—Je me permettrai de faire observer à Monsieur le vicomte qu'il est temps de partir, reprit cet homme. Si nous différions davantage, nous arriverions trop tard.
Il ne disait toujours pas où il s'agissait d'arriver et Servon sentait bien qu'il ne le dirait pas. Mais peu importait, au fond. Servon serait toujours libre de ne pas le suivre jusqu'au bout, s'il s'apercevait qu'on le menait là où il ne voulait pas aller. Peut-être même valait-il mieux qu'il l'ignorât; car si ce voyage devait avoir des suites fâcheuses pour quelqu'un, sa responsabilité serait moins engagée.
Le hasard—un hasard facile à prévoir—mit fin aux incertitudes du vicomte.
En cette saison, à l'heure où on revient du Bois, les voitures vides et les cochers cherchant pratique foisonnent aux Champs-Élysées.
Deux victorias libres passaient en ce moment à la file, marchant au pas vers la place de la Concorde en rasant le trottoir de la contre-allée.
Brunachon interrogea d'un coup d'œil le clubman qui répondit par un signe affirmatif et sans attendre un ordre plus formel, Brunachon sauta dans la première.
Le sort en était jeté. Servon monta dans la seconde qui n'était pas loin et dit à son cocher de suivre.
Brunachon avait rapidement donné ses instructions au sien qui mit son cheval au trot.
Le vicomte n'avait plus qu'à se laisser aller au courant de cette curieuse aventure et il commençait à y prendre un certain plaisir. L'attrait de l'inconnu. Il lui était arrivé assez souvent de suivre une jolie femme, sans savoir où elle le conduirait. C'est un sport amusant pour un désœuvré qui se console facilement d'être distancé en route. Cette fois, il était sûr que pareille déconvenue ne lui arriverait pas et l'intérêt était plus vif, car il ne pouvait pas deviner le dénouement.
Brunachon avait refusé de dire où il allait et il s'était abstenu de donner la moindre indication sur la direction qu'il comptait faire prendre à sa victoria.