Elle descendait l'avenue des Champs-Elysées, et cela prouvait seulement que Brunachon ne se dirigeait pas vers les excentriques et élégants quartiers de l'Ouest: Passy, l'Etoile, le faubourg Saint-Honoré. Brunachon se dirigeait vers le Paris central.

En débouchant sur la place de la Concorde, la victoria qui le portait obliqua à droite et enfila le pont.

Servon était fixé. On allait sur la rive gauche.

Et une idée lui vint tout naturellement. Brunachon lui avait appris que l'amant de la marquise habitait le quartier latin. Servon ne douta pas que Brunachon ne le conduisît chez cet étudiant, auquel il se proposait de faire subir un interrogatoire en présence du vicomte, qui n'y tenait pas du tout, car il n'aurait rien gagné à mettre Paul Cormier au pied du mur.

Ce garçon, s'il fallait en croire Brunachon, demeurait rue Gay-Lussac. Le vicomte se promit de laisser Brunachon monter tout seul chez le faux marquis, si la Victoria s'arrêtait à la porte du numéro 9.

Pour le moment, elle suivait le quai d'Orsay, et c'était à peu près le chemin de la rue Gay-Lussac.

Après le quai d'Orsay, elle prit le quai Voltaire, mais au lieu de tourner par la rue des Saints-Pères, pour arriver presque directement au Luxembourg, elle continua par le quai Malaquais, et par le quai Conti, en passant devant l'Institut et devant la Monnaie, puis laissant le Pont-Neuf à gauche, elle se lança sur la pente du quai des Augustins.

—Bon! se dit Servon, toujours imbu de l'idée qu'on allait chez Cormier, il va prendre le boulevard Saint-Michel… ce cocher n'a pas le sentiment de la ligne droite, mais c'est le chemin tout de même. Je me laisse faire; seulement, je lâcherai ce drôle à la porte. Il faut en vérité qu'il soit stupide pour s'imaginer que je vais me présenter avec lui chez ce jeune homme.

La résolution était louable, mais le vicomte n'eut pas besoin d'y persévérer.

Arrivée à la place Saint-Michel, au lieu de remonter le boulevard, la voiture qui portait Brunachon s'engagea sur le pont qui aboutit dans la Cité.