Il remarqua pourtant que les gens qui entraient se dirigeaient tous vers un vitrage qui barrait le fond de la salle et défilaient devant cette clôture en verre, comme on passe devant les étalages d'un bazar.

Ils ne s'arrêtaient qu'au bout, mais là, un groupe s'était formé et deux sergents de ville de service veillaient à ce que les curieux ne stationnassent pas trop longtemps.

«Circulez, messieurs!… circulez!» cet avertissement souvent répété accélérait le défilé.

Dans ce coin, évidemment, se trouvait ce que les Anglais appellent the great attraction, mais du diable si Servon devinait ce qu'on montrait là qui pût intéresser cette foule empressée.

Afin de le savoir, il se mit à la queue comme les autres et en s'approchant, il vit derrière la vitrine une double rangée de tables de marbre dont deux étaient occupées par deux cadavres de noyés, verts, bleus, violets, hideux.

Cette fois, Servon fut fixé sur la destination de l'édifice.

—Ce drôle m'a amené à la Morgue, dit-il, entre ses dents. Il m'a fait une farce funèbre, mais il me la paiera.

Il allait battre en retraite, car il n'avait aucun goût pour les spectacles lugubres, mais il se ravisa.

—Non, reprit-il en se parlant à lui-même, il n'aurait pas osé me berner de la sorte. En me poussant à entrer, il a eu un but. Lequel? Est-ce que le marquis de Ganges?… Mais oui… c'est cela… cet homme vient de le reconnaître, couché sur une des dalles noires… je serais bien empêché de le reconnaître, moi qui ne l'ai jamais vu vivant… et alors même que je l'aurais vu, je ne le reconnaîtrais pas davantage, s'il est dans le même état que ces deux corps qui n'ont plus figure humaine.

Servon s'aperçut bientôt qu'il y en avait un troisième, celui qui attirait le public, celui qui faisait recette comme disent les habitués de l'établissement.