Il suivit le mouvement et il vit que ce mort était beaucoup mieux conservé que les deux noyés.

Il était exposé au premier rang, tout près du vitrage et on ne l'avait pas déshabillé.

Il était vêtu d'un pantalon de fantaisie et d'une chemise fine avec, aux poignets, des boutons de manchettes en or.

On avait enlevé la cravate et ouvert la chemise, afin qu'on pût voir à nu la poitrine trouée au-dessous du sein droit.

Il avait dû mourir très vite, et sans souffrir, car la figure était calme.

On aurait dit qu'il dormait.

Celui-là, certainement, n'appartenait pas à la même catégorie sociale que les malheureux qui figurent ordinairement à la Morgue, et autour du vicomte, tout étonné, les commentaires pleuvaient: «—En v'là un qui ne s'est pas suriné l'estomac parce qu'il n'avait plus de quoi béquiller.—Non. C'est un rupin… il n'aurait eu qu'à porter ses boutons chez ma tante; on lui aurait prêté dessus au moins trente balles, à moins qu'ils ne soillent en toc.—Pas de danger!… c'est un zig de la haute, que je te dis.—Et c'est pas lui qui s'a suriné. C'est des escarpes… là bas, du côté de la porte de Montrouge.»

—Circulez, Messieurs!… circulez!… cria un des sergents de ville.

Le vicomte, qui en avait assez vu, circula, mais il ne se pressa pas trop de sortir.

Il était fixé maintenant. Ce mort, c'était le marquis de Ganges, que Brunachon avait cru reconnaître, et si Brunachon ne s'était pas trompé, il était jusqu'à présent le seul qui l'eût reconnu, puisque le corps restait exposé.