Il ne s'agissait plus que de trouver le café Soufflot et ce n'était pas difficile. Il devait être situé dans la rue du même nom, devant laquelle Servon passait en ce moment. Et Servon, tournant à droite, s'y engagea immédiatement, sans trop savoir comment il allait s'y prendre pour y découvrir l'étudiant qui se tenait peut-être au fond de quelque salle avec des camarades.
Il eut la chance de l'apercevoir attablé à l'extérieur, tout seul en face d'un verre de vermouth, et absorbé dans la lecture d'un journal du soir.
On dîne de bonne heure au quartier latin, surtout l'été, afin d'avoir le temps d'aller au Luxembourg, en sortant de table.
La terrasse du café s'était vidée peu à peu et il n'y restait guère que Paul Cormier attendant son ami, et se tourmentant de ne pas le voir arriver.
Pour tromper son impatience, il s'était mis à lire un journal. Il y avait trouvé un long article de reportage où il était question de l'affaire du boulevard Jourdan, assez mal exposée et présentée comme un assassinat.
Paul, que ce fait-divers intéressait particulièrement, y apportait tant d'attention qu'il ne vit pas venir M. de Servon, qui put prendre place à la table voisine, sans que le liseur levât les yeux.
—Bonjour, Monsieur! c'est encore moi, dit presque gaiement le vicomte.
La journée m'est heureuse à vous rencontrer.
—En effet, balbutia l'étudiant, je ne m'attendais pas…
—A me revoir si tôt! Et vous devez être étonné de me trouver si souvent sur votre chemin. Cette fois, le hasard y est encore pour quelque chose, mais le hasard n'a pas tout fait, car… pourquoi vous le cacherais-je? je viens de chez vous, je ne vous y ai pas trouvé, et je vous cherchais…
—De chez moi? murmura Cormier, qui en était encore à croire que M. de
Servon le prenait toujours pour le marquis de Ganges.