—Il s'appelle Jean de Mirande.

—Te moques-tu de moi?

—En aucune façon. Je te répète qu'elle ne m'a parlé que de toi, tout le temps que le voyage a duré. Et sais-tu comment elle a commencé?… par me remercier de ne pas l'avoir abordée lorsqu'elle était assise sur la terrasse… et elle a ajouté en parlant de toi: «Quel dommage qu'un garçon si bien né soit si mal élevé.»

—Qu'en savait-elle si j'étais bien né?

—C'est précisément ce que je lui ai demandé. Elle m'a répondu que tu lui avais jeté à la volée ton nom et ton adresse. Elle ignorait ton adresse, mais ton nom lui était parfaitement connu, parce qu'elle est, comme toi, du Languedoc. Seulement, si elle a beaucoup entendu parler de ta famille, il paraît, s'il faut l'en croire, que tu n'as jamais entendu parler de la sienne.

—Ça prouve que la sienne n'est guère illustre, car je suis encore assez ferré sur l'armorial de mon pays. Ainsi, je sais depuis longtemps qu'il existe des comtes ou marquis de Ganges.

—Elle a épousé le dernier du nom.

—Et cette noble alliance ne me paraît pas lui avoir réussi, ricana
Mirande. Mais pourquoi s'occupe-t-elle de moi?

—Je ne suis pas en mesure de te répondre, répondit Paul Cormier. Elle m'a questionné sur la vie que tu mènes à Paris. Elle a été jusqu'à me demander si tu avais une maîtresse… et il m'a semblé qu'elle était contente d'apprendre que tu courais beaucoup, sans t'attacher à aucune femme.

—Si c'est comme ça que tu as fait mon panégyrique, je ne te remercie pas.