—Elle a été longue et orageuse, l'explication. Madame de Ganges m'a amèrement reproché ma conduite de la veille. J'ai essayé de me justifier en lui déclarant que j'étais amoureux d'elle… et c'est vrai, mon cher… je suis pris…

—Tant pis pour toi!… Continue. Comment a-t-elle pris la nouvelle de la mort de son mari?

—Elle a d'abord refusé d'y croire. Mais quand je lui ai remis le portefeuille, elle a changé de note. Elle a été très émue, très troublée… il ne m'a pas paru qu'elle fût très affligée… ce marquis était un fort mauvais mari qui lui a joué tous les tours imaginables et qui lui a mangé une partie de sa fortune. Elle ne peut pas le regretter beaucoup.

—Lui as-tu raconté comment il est mort?

—Il le fallait bien, et je lui ai tout dit: les confidences que son mari m'avait faites… les incidents qui ont amené la rencontre… et même le nom de l'adversaire du marquis… Elle me l'a demandé.

—Et quand elle a su que c'était moi?

—Elle a eu un cri parti du cœur… une exclamation que je tiens à te répéter comme je l'ai entendue… elle a dit: «Jean de Mirande! c'était donc écrit qu'il troublerait encore une fois ma vie!…» Et comme je lui ai naturellement demandé ce que tu lui avais fait, elle m'a répondu: «Il a fait le malheur d'une personne à laquelle je m'intéresse.»

—Du diable si je devine qui! Elle aurait bien dû prendre la peine de me le dire quand je l'ai abordée dimanche sur cette terrasse où tu m'as ramené, ce soir.

—Nous n'en serions probablement pas où nous en sommes. Mais laisse-moi te raconter comment s'est terminée mon entrevue. La marquise y a mis fin en me congédiant, assez sèchement, sans me rien promettre et en me laissant entendre qu'elle allait quitter Paris.

J'ai eu beau lui dire que rien ne la forçait à partir, que cette affaire serait vite oubliée et que, s'il le fallait pour la tranquilliser, je m'abstiendrais de la revoir; elle n'a rien voulu entendre et j'ai dû me retirer sans avoir rien obtenu d'elle qui ressemblât à un engagement.