—Ça vaut mieux pour toi, dit philosophiquement Mirande. Cette marquise ne porte pas bonheur. Ce que tu as de mieux à faire, c'est de ne plus penser à elle.
—J'ajoute, reprit Cormier, toujours plein de son sujet, qu'on est venu, pendant que j'étais là, apporter une lettre adressée au marquis de Ganges—c'est-à-dire, à moi—une lettre contenant de l'argent… huit mille francs que, la veille, j'avais gagnés sur parole à ce vicomte de Servon chez la dame de l'avenue d'Antin. La marquise l'a renvoyée…
—Et tu n'en as plus entendu parler? demanda Mirande en éclatant de rire.
—M. de Servon m'a remis la somme aujourd'hui, quand je l'ai rencontré aux Champs-Elysées.
—Alors, tu roules sur l'or!… Je ne t'ai jamais connu tant d'argent à la fois.
—Et je n'en ai jamais eu dont la possession m'ait fait si peu de plaisir. Je le donnerais sans regret au premier mendiant que je rencontrerai.
—Garde-le pour une meilleure occasion. Maintenant que tu m'as tout dit…, car je suppose que c'est tout…
—Oui… tu sais le reste… ma visite au père Bardin et l'interrogatoire dans le cabinet de son fils… l'entrée en scène de cet abject coquin…
—Je connais tout ça. Maintenant, résumons-nous. Me voilà fortement compromis, toi un peu moins, et ta marquise, pas du tout, jusqu'à présent. Que comptes-tu faire? as-tu toujours l'intention de te faire son champion, sans qu'elle t'y ait convié, ni même autorisé?
—Je ne peux pas la défendre malgré elle, mais je l'ai quittée en lui jurant qu'elle me trouverait toujours prêt à faire ce qu'elle me demanderait, et je tiendrai ma parole.