Jean de Mirande était l'homme du premier mouvement, qui n'était pas toujours le bon.
Et, cette fois, il ne regrettait pas d'y avoir cédé.
Recueillir un enfant égaré ou abandonné, c'était une bonne action dont il ne pouvait que se féliciter et qu'il se sentait tout disposé à parfaire en s'occupant de rendre à sa mère ce singulier garçonnet.
Il n'aurait même pas répugné à le garder et à se charger de lui, s'il ne retrouvait pas cette mère encore plus singulière qui était partie sans son fils, et qu'on n'avait plus revue.
Depuis qu'il avait l'âge d'homme, Mirande ne s'était jamais occupé des enfants que pour demander à quelle heure on les couchait. Il les considérait comme des êtres malfaisants et surtout incommodes. Il avait toujours fui comme la peste les femmes affligées de progéniture, et comme celles-là sont rares au quartier latin, où il passait sa vie, il n'avait jamais l'occasion d'être gêné par la marmaille.
Il approuvait fort le législateur d'avoir interdit la recherche de la paternité et il ne lui était jamais arrivé de souhaiter de perpétuer le nom de Mirande qui s'éteindrait en sa personne, s'il ne se décidait pas à changer d'existence.
Et il n'en prenait pas le chemin.
Aussi n'en revenait-il pas de se découvrir des sentiments qu'il ne se connaissait pas. Il n'y voulait pas croire et il comptait bien que cet accès d'attendrissement paternel passerait comme beaucoup d'autres caprices auxquels il était sujet.
Véra, la Russe, qui, comme lui, manquait absolument de vocation pour le mariage et ses conséquences, se mit à le blaguer à propos du petit. Maria, l'élève sage-femme, prit le contre-pied, et Mirande, pour entretenir une discussion qui l'amusait, se fit un malin plaisir d'exagérer en déclarant qu'il ne lui manquait, pour être heureux, que d'avoir un intérêt dans la vie, et que son bonheur serait d'avoir un enfant comme celui-là.
—Farceur, va! lui dit la nihiliste. Je voudrais bien t'y voir avec un gosse sur les bras. Où le remiserais-tu, les soirs de Bullier?