L'avocat devait être au courant, car il avait très certainement revu son fils et il ne refuserait pas de renseigner Paul, en considération de sa vieille amie madame Cormier, qui ne savait rien encore et qu'il fallait préparer avant de lui apprendre la triste vérité.
Paul s'attendait pourtant à être très mal reçu rue des Arquebusiers, mais il était décidé à tout supporter pour rentrer en grâce auprès du père Bardin..
Il savait que le bonhomme dînait à six heures et demie et qu'après son dîner, il était presque toujours de bonne humeur. Il prenait donc bien son temps et il calculait qu'il arriverait juste au moment ou Bardin sirotait son café, appuyé de deux ou trois verres d'une eau-de-vie presque centenaire,—un cadeau de madame Cormier.
Paul s'était fort attardé à la grille du Luxembourg avec Mirande, et la nuit était venue quand il arriva à la porte de la maison du vieil ami de sa mère.
En levant les yeux pour regarder s'il y avait de la lumière au troisième étage, il fut un peu étonné de voir les trois fenêtres de l'appartement brillamment éclairées.
Bardin, d'ordinaire, n'illuminait pas ainsi, et comme il ne recevait jamais que son fils, il était difficile de supposer qu'il donnait une fête.
Enfin, cette profusion de clarté prouvait qu'il n'était pas sorti, et Paul, qui ne craignait rien tant que de ne pas le rencontrer, s'empressa de monter.
La servante qui vint lui ouvrir lui dit que son maître attendait quelqu'un; mais elle le fit entrer et, en traversant la salle à manger, il put voir sur la table un souper froid des plus appétissants.
Il remarqua même qu'il n'y avait qu'un couvert, ce qui prouvait surabondamment que le bonhomme n'était pas en bonne fortune.
Paul le trouva assis dans son cabinet, devant un dossier étalé sur son bureau; et Bardin, quand il entendit ouvrir la porte, se leva en s'écriant sans se retourner: