—Parbleu!… seulement, elles ne savent ni l'une ni l'autre l'histoire de l'héritage que je t'ai racontée et nous avons des raisons de croire que la protégée ne vit pas dans l'opulence. Les millions vont lui tomber du ciel.

C'est pour ça que j'avais pensé à te la faire épouser. J'y penserais encore si tu n'avais pas pris soin de te rendre impossible en te fourrant dans cette mauvaise affaire.

Nous ne pourrons pas décemment lui proposer d'épouser un garçon qui va passer en Cour d'assises, un de ces jours.

—Ce serait, je crois, tout à fait inutile… Mais pourquoi parlez-vous au pluriel?… vous dites: nous

—Parce que je ne serai et ne puis être en cette affaire qu'un auxiliaire… C'est mon vieil ami Lestrigou qui en tient tous les fils et lui seul peut la mener à bien…

—Un avocat de Montpellier, je crois?

—Oui… un ancien bâtonnier de l'ordre qui va sur ses soixante seize ans et qui a été longtemps l'avocat de la famille de Marsillargues. En dépit de son âge, il a pris la chose à cœur et voilà un mois que nous échangeons des lettres à propos de l'orpheline. Il est tout à fait dans mes idées sur la nécessité de la marier promptement et convenablement… Je lui avais parlé de toi et il n'avait pas dit: non… Maintenant, il faut en rabattre… tes chances ont baissé de cinquante pour cent.

Cormier eut un geste d'indifférence et Bardin reprit, avec humeur:

—Oui, je sais que tu t'en moques. Tu préfères continuer la vie qui t'a mené où tu en es. Eh bien! je te prédis que tu regretteras de l'avoir manqué par ta faute, ce mariage que je t'avais trouvé.

—Vous en parlez comme si je n'avais qu'à me présenter pour le faire, dit Paul en souriant. Il me semble qu'il serait bon de consulter d'abord la principale intéressée.