—Mais très bien. Il se porte comme le Pont-Neuf, Lestrigou. Et puis, la chose en vaut la peine. Six millions qu'il apporte à une pauvre fille qui ne s'en doute pas! Il a pris assez de peine pour la trouver… il tient à se donner le plaisir de lui annoncer cette grande nouvelle.

—C'est trop juste. Alors, il ne lui a pas écrit, ni à cette dame non plus?

—A personne qu'à moi. Et il n'a pas perdu de temps, car il n'y a pas deux jours qu'il sait où demeure la protectrice.

—La protectrice seulement?

—Ça suffit. La protégée ne sera pas difficile à découvrir. Lestrigou a des raisons de croire qu'elles n'ont qu'un seul et même domicile. La dame doit être assez grandement logée pour donner l'hospitalité à une amie pauvre.

Du reste, nous parlons là fort inutilement, puisque tu ne te mets pas sur les rangs… et tu n'as peut-être pas tort… au moins pour le moment. Quand ta mauvaise affaire sera arrangée… si elle s'arrange comme je le souhaite… nous recauserons de l'héritière.

Bardin s'interrompit pour prêter l'oreille à un bruit de roues qui lui arrivait d'en bas.

—Une voiture qui s'arrête à ma porte, dit-il. A cette heure-ci, ce ne peut être que Lestrigou.

—Alors, je vous laisse, murmura Paul. J'avais encore beaucoup de chose à vous dire… mais je vous gênerais pour recevoir votre ami. Je reviendrai demain, si vous le permettez.

—Eh! non, reste! grand nigaud, dit Bardin qui ne boudait jamais bien longtemps le fils de madame Cormier. Je vais toujours te présenter à Lestrigou. Il aime les jeunes gens. Il sera enchanté de te voir. Et puis, ça ne peut pas nuire qu'il te connaisse. Tu es bon à montrer. Après, nous verrons. On ne sait jamais ce qui peut arriver.