C'était bien Lestrigou qui arrivait dans un de ces fiacres à quatre places et à grille qu'on ne trouve guère qu'aux gares des chemins de fer.
Il n'en fallait pas davantage pour mettre en émoi la paisible maison de la paisible rue des Arquebusiers.
Le portier, prévenu par Bardin, s'était précipité hors de sa loge pour aider le cocher à décharger la malle de l'ancien bâtonnier du barreau de Montpellier.
Quelques fenêtres s'étaient ouvertes et on y voyait des têtes de locataires, curieux d'assister à ce débarquement.
Paul regarda aussi et vit descendre un grand vieillard sec comme une allumette, qui, en trois enjambées, disparut sous la voûte de la porte-cochère.
Bardin s'était précipité dans l'escalier pour courir au-devant de son vieil ami. Lestrigou grimpait si vite qu'ils se rencontrèrent à mi-chemin.
Ils entrèrent, en se tenant par la taille, dans la salle à manger, où Paul les attendait, et Lestrigou commença par battre un entrechat pour montrer que le voyage ne l'avait pas fatigué.
C'était un type que ce vieux bazochien, desséché par le soleil du Languedoc. Il n'avait que la peau et les os, avec une petite tête ronde comme une pomme de canne au bout d'un long corps qui se remuait tout d'une pièce, une tête éclairée par deux petits yeux noirs, percés comme avec une vrille et brillants comme deux tisons ardents.
—Hé! dit-il, sais-tu qué tu es bien logé ici! Té rappelles-tu lé temps où nous perchions sur les gouttières dans une vieille cassine dé la rue dé la Pomme?
Bardin, jadis, avait fait sa première année de droit à Toulouse, où son père était alors employé de l'enregistrement, et c'était là qu'il avait connu Lestrigou.