—Ah! je crois bien! dit en se frottant les mains le vieil avocat.
Et il ajouta sagement:
—Mais si tu te lances dans les souvenirs de notre jeunesse, tu n'en sortiras pas. Tu dois avoir faim.
—Uné faim dé loup des Cévennes. Jé né mé suis rien mis sous la dent _dé_puis lé buffet dé Vierzon.
—Eh! bien, mets-toi à table et mange, mon ami. Attaque cette terrine de Nérac que j'ai achetée à ton intention. Demain, mon cordon-bleu te cuisinera un cassoulet dont tu me diras des nouvelles.
—Tu es donc toujours gourmand?
—Je n'ai pas perdu mes bonnes habitudes et j'ai encore bon appétit. Tu pourras t'en convaincre à déjeuner. Mais ce soir, je ne te tiendrai pas compagnie. J'ai dîné.
—Tu as bien fait, mon petit, et jé vais té rattraper; mais jé né veux pas être incivil, et avant dé mé mettre à table, tu vas mé présenter cé june homme…
Le june homme c'était Paul, qui mourait d'envie de rire, en dépit de ses chagrins et de ses préoccupations.
—C'est le fils de feu Cormier dont je t'ai souvent parlé dans mes lettres, dit Bardin, et dont la veuve est restée mon amie. Tu goûteras tout à l'heure d'un certain Corton qui sort de sa cave.