—Belle garantie, ma foi!… elle ne sait seulement pas que j'existe. Autant vaudrait, puisque tu es si timide, te faire accompagner par mon jeune ami, ici présent.

—Hé! hé! ça _né sérait pas si mal imaginé. La jeunesse aime la jeunesse et elle est jeune, ma marquise… presque aussi jeune que sa protégée… et si elle a tenu qu'elle promettait, elle doit être très jolie.

—Dis donc, Paul, demanda Bardin en clignant de l'œil, tu ne serais peut-être pas fâché de la voir? Elle te présenterait à l'héritière.

—Je ne crois pas, murmura Cormier.

—Hé! au fait! s'écria Lestrigou, il lui faudra bientôt un mari à ma petite paysanne, et si monsieur lui plaisait…

—Je ne songe pas à me mettre en ménage, interrompit l'ami de Jean de Mirande, sans se préoccuper des regards courroucés que lui lançait le père Bardin.

Le bonhomme revenait à son idée fixe qui était de le conjoindre avec la fille aux six millions, et il enrageait de voir que Paul faisait de son mieux pour contrecarrer ce beau projet.

Lestrigou, du reste, semblait médiocrement disposé à l'appuyer, car il reprit:

—A parler franchement, mon vieux Bardin, jé né serais pas très surpris que la petite eût déjà fait un choix. Elle a dû rencontrer des beaux messieurs chez la marquise… et elle peut bien avoir un sentiment…

—Oh! elle ne manquera pas de prétendants, dès qu'on saura qu'elle hérite, grommela le père Bardin. J'avais rêvé de la faire épouser au fils de ma vieille amie, mais il me paraît manquer d'enthousiasme… et toi aussi. N'en parlons plus. Goûte-moi ce Corton, ça vaudra mieux que de causer des chimères que je m'étais fourrées dans la tête.