Ce domestique ne connaissait pas Cormier, mais il connaissait la dame et, comme ils entraient ensemble, il annonça sans hésiter:
—Monsieur le marquis et madame la marquise de Ganges!
Paul avait réussi au-delà de ce qu'il espérait. Il était entré dans la place, avant que la dame se fût aperçue de sa présence. Il venait même d'apprendre son véritable nom qu'elle tenait tant à lui cacher. Mais ces succès inattendus le gênaient énormément.
Il avait deviné sans peine que le valet de pied l'avait pris pour le mari de la femme qu'il avait l'air d'escorter. Il prévoyait donc que cette annonce saugrenue allait faire sourire ceux qui l'avaient entendue et mettre en colère la prétendue Jacqueline, marquise de Ganges.
Il aurait bien voulu battre en retraite, mais il n'était plus temps.
Paul était tombé au beau milieu d'une de ces réunions mondaines que les Anglais appellent: five o'clock tea, et ce thé de cinq heures se tenait dans la cour de l'hôtel, une cour pleine de fleurs et couverte d'un velum en soie, destiné à préserver les invités des ardeurs du soleil printanier.
Il y avait là une douzaine de visiteurs des deux sexes, groupés autour de la maîtresse du logis qui offrait à la ronde des tasses de thé et tous les yeux étaient braqués sur le couple nouveau venu.
Évidemment, un orage allait tomber sur l'intrus qui se permettait de s'introduire ainsi dans un cercle d'intimes où personne ne le connaissait.
A la grande stupéfaction de Paul, cet orage n'éclata pas.
Il y eut des chuchotements, mais pas la moindre manifestation hostile et les regards fixés sur Paul étaient plutôt bienveillants.