La marquise, seule, rougit et lui lança un coup d'œil, chargé de reproches, mais non pas de menaces.
Elle aussi avait deviné la méprise du domestique et le prodigieux fut qu'elle s'abstint de la rectifier.
Se résignait-elle à en subir les conséquences pour éviter une explication qui n'aurait pas tourné à son avantage, si Paul se fût avisé de raconter comment il se trouvait là, après une course en fiacre? Il était tenté de le croire et il ne répugnait pas à se prêter à cette comédie de salon, mais il se demandait comment la dame allait se tirer de la situation qu'elle paraissait disposée à accepter.
Les invités qui la connaissaient devaient connaître aussi son mari et probablement ce mari ne ressemblait guère à Paul Cormier, qui n'avait pas du tout, comme on dit au théâtre, le physique de l'emploi.
Mais les figures n'exprimaient pas d'autre sentiment que la curiosité—une curiosité décente qui n'avait rien de blessant pour celui qui en était l'objet.
On l'observait à la dérobée, comme on observe un monsieur dont on a souvent entendu parler et qu'on n'a jamais vu.
La dame qui donnait ce thé vint droit à Paul Cormier et lui dit gracieusement:
—Soyez le bienvenu chez moi, monsieur le marquis. Cette chère Marcelle ne vous attendait que la semaine prochaine. Je la remercie de ne pas avoir perdu un seul jour pour vous amener ici. Vous êtes arrivé, hier, je pense?
A cette question qu'il aurait dû prévoir, Paul ne sut que répondre et il serait resté bouche bée; mais la blonde aux yeux noirs se chargea d'y répondre.
—Ce matin, par l'orient-express, dit-elle, en regardant fixement son prétendu mari.