—C'est fort aimable à vous et surtout à M. de Ganges d'être venus, reprit la maîtresse de la maison: car il doit être horriblement fatigué après un si long voyage.

Paul se contenta de sourire. C'était le meilleur moyen de ne pas se compromettre; mais il ne pourrait pas toujours se tirer d'affaire avec des sourires et il n'imaginait pas comment finirait la scène.

Elle commençait du reste à l'amuser et il reprenait peu à peu son aplomb, fort dérangé au début.

—Permettez-moi, monsieur le marquis, continua la dame, qui était une fort belle personne, un peu mûre, mais d'aspect agréable; permettez-moi de vous présenter mes amis, après vous avoir présenté à mes amies, qui sont aussi les amies de Marcelle et que vous aurez l'occasion de revoir, puisque vous comptez faire un assez long séjour à Paris.

Cette fois Paul se contenta de s'incliner et les présentations commencèrent.

Ce n'étaient que comtesses et baronnes, marquis et vicomtes, tout un annuaire de la noblesse où le véritable marquis de Ganges se serait trouvé dans son élément.

La marquise y était certainement. Elle les connaissait tous et toutes. Elle aussi s'était remise d'un trouble passager et elle manœuvrait maintenant avec une aisance parfaite, sur ce terrain devenu difficile pour elle, depuis l'erreur du valet de pied.

—Vous offrirai-je une tasse de thé?

Et comme l'étudiant, qui trouvait le thé fade, hésitait à accepter:

—Vous n'êtes pas forcé, reprit gaiement la dame qui recevait. Mon thé est laïque et gratuit, mais pas obligatoire. Vous saurez que chez moi la liberté complète est à l'ordre du jour. On n'est même pas tenu de s'occuper des femmes. Nous nous suffisons très bien à nous-mêmes… et vous allez nous permettre d'accaparer cette chère Marcelle pour causer chiffons pendant qu'avec ces messieurs vous parlerez politique, si le cœur vous en dit.