Tu ne te doutes pas d'où nous venons?
—Pas du tout.
—Nous venons de l'avenue Montaigne. Lestrigou avait hâte de voir cette marquise de Ganges pour lui demander l'adresse de l'héritière. J'ai eu beau lui dire qu'il ne fait pas jour chez les marquises avant quatre heures du soir, il a voulu absolument se présenter chez elle, le matin.
—Et elle vous a reçus?
—Ah! bien, oui!… nous nous sommes heurtés à un grand laquais galonné sur toutes les coutures, qui a commencé par nous répondre que sa maîtresse n'était pas visible. Nous avons insisté. Lestrigou a donné sa carte sur laquelle il avait écrit quelques mots pour indiquer le but de sa visite. Le laquais a refusé de s'en charger. Et comme je me fâchais, il a fini par me dire que madame la marquise était en voyage.
—C'est peut-être vrai, murmura Paul.
Madame de Ganges, la dernière fois qu'il l'avait vue, lui avait annoncé qu'elle était à peu près décidée à quitter Paris.
—Je n'en ai pas cru un mot, reprit Bardin. Lestrigou non plus. Quelles raisons a cette dame pour se cacher? Nous n'en savons rien, mais certainement elle se cache. Nous pouvons nous passer d'elle, mais il nous faut l'héritière; et je viens de décider Lestrigou à s'adresser à la préfecture de police qui saura bien la retrouver.
—Vous ne ferez pas cela! s'écria Paul.
—Et pourquoi pas?