—Cela suffit, madame. M. Lestrigou est descendu à Paris chez un de ses anciens amis, qui est aussi un vieil ami de ma famille. Je ne suis pas certain de le rencontrer aujourd'hui, mais j'irai demain matin lui annoncer que vous êtes prête à le mettre en présence de Bernadette Lamalou.
—Vous savez son nom! s'écria madame de Ganges.
—Pourquoi M. Lestrigou me l'aurait-il caché?… Il a confiance en moi et il m'a raconté toute l'histoire de cette jeune fille…
—Que vous a-t-il dit d'elle? demanda vivement la marquise.
—Qu'elle a été élevée avec vous, au château de Fabrègues, qu'elle vous a suivie à Montpellier, et qu'après votre mariage, elle ne vous a pas quittée… vous avez fait avec elle de longs voyages; M. Lestrigou a perdu sa trace et même la vôtre.
—Il ne vous a dit que cela?
—Il m'a dit aussi que vous n'avez pas trouvé le bonheur avec M. de Ganges et que vous avez dû vous attacher encore davantage à votre protégée.
—C'est vrai. Son amitié m'a consolée de bien des chagrins… mais elle a souffert encore plus que moi.
—Eh bien, ses mauvais jours sont passés. La voilà riche.
—Ce n'est pas de la pauvreté qu'elle a souffert, murmura la veuve du marquis. La pauvreté n'est rien. J'ai toujours été riche et je n'ai jamais été heureuse.