—Que vous a-t-il donc manqué pour l'être? demanda Paul, en regardant fixement la marquise.

—Il m'a manqué d'être aimée, répondit-elle, sans hésiter.

—Qu'en savez-vous?

—Ne me dites pas que vous m'aimez… je ne pourrais pas vous croire… et alors même que vous ne vous feriez pas illusion sur la nature du sentiment que vous prétendez avoir pour moi, je ne pourrais pas y répondre… c'est trop tard… ma vie est finie… je n'ai plus qu'une seule affection… celle que je porte à Bernadette… elle aussi, a souffert par le cœur… la blessure qu'elle a reçue saigne encore, et si je parvenais à la guérir, je ne demanderais plus rien à Dieu.

Cette déclaration désespérée qui n'éclairait pas Paul Cormier sur la situation des deux amies, ne le toucha pas comme elle aurait dû le faire s'il eût été moins prévenu contre madame de Ganges.

L'enfant recueilli par Mirande ne lui sortait pas de la tête, et les réponses de la marquise ne l'avaient pas convaincu qu'elle n'était pas la mère de ce garçonnet qui oubliait ses jouets chez elle.

Il n'avait pas poussé à fond l'interrogatoire et il s'était perdu dans des questions accessoires sur le passé de mademoiselle de Marsillargues avant de lui parler de l'incident qui avait conduit le petit Roch chez Jean de Mirande.

Mais il n'avait pas renoncé à aborder ce sujet, et il était temps d'y arriver, car madame de Ganges allait se lasser de l'entendre et, quoi qu'il en eût dit, il ne songeait pas à la retenir de force, si elle se levait pour partir.

Et, emporté par la vivacité du dialogue qu'il avait entamé avec elle, il oubliait que Jean ne devait pas tarder à arriver sur la terrasse, conduisant l'enfant qui ne manquerait pas de trancher la question en reconnaissant sa mère, si elle était là.

Il ne remarquait pas non plus que la marquise semblait s'attendre à un événement, car il lui était arrivé plus d'une fois, surtout au début de l'entretien, de regarder au loin, comme si elle eût guetté l'apparition de quelqu'un.