—Et vous n'êtes jamais revenu… et vous ne vous êtes jamais inquiété de savoir ce qu'il adviendrait de la malheureuse enfant que vous aviez indignement trompée!
—Vous pourriez ajouter qu'elle n'a rien fait pour se rappeler à moi.
—Qu'aurait-elle pu faire?… vous aviez pris un faux nom, parce qu'elle ne vous aurait pas cédé si elle avait su que vous étiez le neveu du comte de Mirande, le plus riche propriétaire du département de l'Hérault. Mais elle a cru à vos promesses de mariage… car vous êtes allé jusqu'à lui jurer de l'épouser… et quand elle a connu la vérité… c'est moi qui la lui ai apprise… il était trop tard… elle avait été obligée de m'avouer sa faute.
—Elle aurait pu m'écrire.
—Pourquoi? pour vous demander un secours? elle n'y a pas pensé… et si cette pensée lui était venue je l'aurais détournée de tenter une démarche humiliante. Ce n'était pas de l'argent qu'elle voulait de vous… qu'en aurait-elle fait d'ailleurs?… depuis son malheur, je me suis chargée d'elle, et elle n'a jamais eu à souffrir de la misère… c'eût été trop!… elle a assez souffert par le cœur…
—Oh! par le cœur!… murmura ironiquement Mirande, déjà las de supporter des reproches sans y répondre.
—Oui, monsieur, répliqua madame de Ganges. Elle vous aimait et vous l'avez trahie.
—Elle m'aimait, dites-vous?
—Et elle vous aime encore.
—Singulier amour qui ne lui a pas inspiré l'idée si simple de me donner de ses nouvelles. Un silence de cinq ans!… j'avais bien le droit de me croire oublié.