C'était Bernadette qu'il avait séduite à Fabrègues, pendant ce fatal voyage d'où il avait rapporté la malédiction de son vieil oncle et le remords d'avoir abusé de l'innocence d'une jeune fille sans défense.

Son passé se dressait tout à coup devant lui, et, devant cette apparition, il restait immobile et sans voix.

Il aurait voulu demander pardon à sa victime et il ne trouvait pas une parole.

Elle le regardait, pâle, éperdue, et elle serrait contre son cœur le petit Roch, comme si elle eût craint que Mirande le lui arrachât.

—Il est à vous, monsieur, dit madame de Ganges, en montrant l'enfant.
L'aimerez-vous moins parce que vous êtes son père?

Le beau Mirande, le brillant champion des Écoles, le Don Juan du quartier Latin, passa un cruel moment. Sa fierté se révoltait encore à la pensée de confesser ses torts et de s'humilier devant celle qu'il avait offensée, en la suppliant de lui rendre cet enfant qu'il avait abandonné comme il avait abandonné la mère.

—Demandez-lui donc de choisir entre elle et vous, reprit la marquise.

Et comme il se taisait:

—Roch, demanda-t-elle, veux-tu aller demeurer chez monsieur, ou bien rester avec maman Bernadette?

—Je veux rester avec maman, répondit sans hésiter l'enfant, mais je veux bien qu'il vienne chez nous, parce que je l'aime bien.