—Il a choisi, dit madame de Ganges. Vous ne le verrez plus, car vous ne verrez plus sa mère. Et votre fils, qui ne portera pas votre nom, aura le droit de vous maudire.
L'orgueil de Mirande ne tint pas contre cette évocation de l'avenir qui attend les pères coupables.
Il fléchit le genou, sans se soucier de l'étonnement des promeneurs du Luxembourg, où les amoureux ne s'agenouillent guère, et prenant la main de Bernadette il lui dit:
—Pardonnez-moi et… soyez ma femme.
Les derniers mots se firent un peu attendre, mais il les prononça très distinctement et très résolument.
—Non, répondit Bernadette, c'est trop. Vous regretteriez peut-être de m'avoir épousée. Que notre fils reconnu puisse porter votre nom, et je vous bénirai. Je vous ai déjà pardonné.
—Si je me bornais à le reconnaître, Roch de Mirande ne serait que mon fils naturel. Notre mariage le légitimera.
Madame de Ganges, trop émue pour parler, tendit silencieusement la main à son compatriote qui la prit et qui, en la serrant, ne put pas dissimuler un tressaillement de surprise.
—Oui, dit-elle en souriant tristement, j'ai la main froide. Ne le saviez-vous pas, vous qui êtes de mon pays? C'est à cela qu'on reconnaît les filles de ma race… Ma mère était ainsi…
—Il y a un proverbe sur les mains glacées, essaya de dire Mirande.