Elle l'est déjà. Le drame où le malheureux marquis a trouvé la mort n'a pas eu de retentissement, car il ne s'est pas dénoué en cour d'assises.
Après avoir longtemps hésité, Charles Bardin a rendu une ordonnance de non-lieu et les conseils de son père ont influencé sa décision que, du reste, ses supérieurs hiérarchiques ont approuvée.
Il a démontré jusqu'à l'évidence que le duel avait été loyal. L'acquittement était certain. Les magistrats ont sagement jugé qu'il valait mieux ne point infliger la publicité de l'audience à des jeunes gens qui pouvaient invoquer beaucoup de circonstances atténuantes.
Du reste, la marquise n'était pas femme à se marier, au pied levé, par un coup de tête, comme une excentrique lady qui s'éprend d'un ténor.
Paul, dès le jour de leur première rencontre, avait fait sur elle une très vive impression et il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour l'aimer, mais elle a voulu le connaître avant de lier sa destinée à celle d'un garçon à peine plus âgé qu'elle, et qui n'était ni de sa caste ni de son monde.
Elle lui a imposé un stage. Paul n'a pas trouvé la condition trop dure. Marcelle lui en a su gré. Elle sait maintenant tout ce qu'il vaut et elle est décidée à s'appeler madame Cormier, quand le moment lui paraîtra tenu de mettre fin à l'épreuve que son amoureux subit de bonne grâce.
Jean de Mirande et Bernadette Lamalou n'ont pas fait tant de cérémonies pour consacrer leur union.
Mirande a voulu réparer ses torts, et il a sauté à pieds joints par-dessus les préjugés sociaux. Son oncle l'a déshérité, mais il s'en moque. Il est assez riche pour se passer de sa succession et pour vivre sans toucher aux revenus de sa femme.
Il a épousé Bernadette, brûlant ce qu'il avait adoré, et cette conversion fait du bruit au quartier.
Ce fut, l'année dernière, un beau tapage dans le quartier Latin, quand on y sut que le Roi des Écoles renonçait à la vie d'étudiant pour se réfugier dans le port du mariage.