Paul y apportait un contingent de gaieté juvénile et ne s'y ennuyait pas à écouter la conversation du bonhomme Bardin qui avait beaucoup lu, beaucoup vu, beaucoup retenu, et qui racontait fort bien.

Et le dîner était toujours excellent.

De ses anciennes relations commerciales, la veuve avait gardé des facilités d'approvisionnement dont elle faisait profiter ses convives, en leur servant des produits recherchés. Elle possédait aussi une cave de premier ordre qu'elle ne ménageait pas le dimanche.

On se mettait à table à six heures et demie précises. Quand la demie sonnait à l'horloge de Saint-Paul, M. Bardin dépliait sa serviette, et aux trois quarts, Brigitte, la bonne à tout faire, entrait pour enlever le potage.

Et Paul était d'une exactitude méritoire. Il avait beau percher sur les hauteurs du Panthéon, il apparaissait toujours cinq minutes avant la demie. Il quittait toutes les absinthes et toutes les donzelles de son quartier pour ne pas faire attendre sa mère qui lui en savait gré.

Mais, enfin, tout arrive. Et il arriva que, ce dimanche de mai qui devait marquer dans la vie de Paul, à sept heures, madame Cormier et son ami Bardin étaient encore assis près de la fenêtre de la salle à manger, se faisant vis-à-vis et échangeant par-ci par-là quelques mots en l'air pour tromper leur impatience.

La veuve s'était déjà levée dix fois pour regarder dans la rue. Bardin, qui prisait beaucoup et particulièrement dans les cas embarrassants, Bardin avait presque vidé sa tabatière. Brigitte ne faisait qu'entrer et sortir, en se lamentant sur la destinée du gigot qui serait trop cuit.

—Bardin, dit tout à coup madame Cormier, il faut qu'il lui soit arrivé un accident. Il est peut-être malade. Si j'allais voir rue Gay-Lussac?

—Ce serait ce que vous pourriez faire de pis, répondit sans s'émouvoir le vieil avocat. Vous iriez en voiture et vous vous croiseriez avec lui; à son âge, on n'est pas retardé que par les accidents.

—Comment! vous supposez qu'il est en train de s'amuser… un dimanche!… quand je l'attends!