Il y a quatre ans vivait dans un village du département de l'Hérault…, à Fabrègues…, une brave femme que son mari avait abandonnée depuis dix ans… elle était restée sans ressources avec une petite fille et elles seraient peut-être mortes de faim toutes les deux si une demoiselle d'une très bonne famille de Montpellier ne s'était intéressée à elles. Les parents de cette demoiselle avaient, tout près de Fabrègues, un château où ils passaient tous les étés. Ils recueillirent la petite abandonnée et ils la firent élever avec leur fille. On n'avait aucune nouvelle du mari. On savait vaguement qu'il était allé chercher fortune en Californie, mais rien de plus.

—Je devine, s'écria Paul; il l'a trouvée là-bas la fortune… il vient de mourir et alors…

—Alors, quoi?… ce n'était pas la peine de m'interrompre pour dire ce que n'importe qui aurait deviné comme toi.

Paul, ainsi rabroué, baissa le nez et ne dit plus mot.

—Oui, le père est mort, reprit le vieil avocat, sa succession est liquide et revient tout entière à sa fille unique. La mère aussi est morte, deux ans avant son mari. La fille est donc bien et dûment six fois millionnaire. Seulement…

Et comme Bardin, encore une fois, s'était arrêté au moment le plus intéressant, madame Cormier ne put pas s'empêcher de dire:

—Eh! bien?

—Seulement, on ne sait pas où elle est.

—Comment! que nous dites-vous là!

—La vérité, chère amie. Elle a disparu.