—C'est vrai, répondit le vieil avocat, j'ai mis la péroraison avant l'exorde, mais quand on cause à table, on ne parle pas comme à l'audience. Je regrette ma bévue et je vais la réparer. Je la regrette d'autant plus que je vous ai mis l'eau à la bouche et qu'il faudra en rabattre…

—Bon! s'écria Paul, il y a une tare… je vois ça d'ici… la jeune héritière a commis une faute… et…

—Pour qui me prends-tu? interrompit sévèrement Bardin. Est-ce que tu te figures que j'ai vécu soixante ans de la vie d'un honnête homme pour me charger à mon âge de trouver un drôle disposé à vendre son nom en reconnaissant l'enfant d'un autre?…

—Non, certainement, monsieur Bardin… mais…

—Tu n'es qu'un étourneau… apprends à tenir ta langue… surtout quand tu parles à un ami de tes parents.

—Excusez-moi… j'avais cru que vous plaisantiez…

—Tais-toi!… pour te punir d'avoir dit une sottise, je devrais garder pour moi mes renseignements.

—Mon cher Bardin, moi, je ne vous ai pas offensé, dit doucement madame
Cormier.

Il n'en fallut pas davantage pour que le vieillard s'apaisât.

—C'est juste, dit-il, et nous ne nous fâcherons pas pour si peu. Voici l'histoire que je vous ai promise. Elle est peut-être invraisemblable, mais elle est vraie. J'ai toutes les preuves entre les mains, certifiées par un homme d'une honorabilité incontestable.